Tu t'en souviens ? Octobre 2023. La PS5 fête ses 12 mois, mais le line-up exclusif fait grise mine. Returnal est trop exigeant, Ratchet & Clank: Rift Apart trop court, et Horizon Forbidden West, aussi beau soit-il, reste un cross-gen. Sony a besoin d'un carton. Et c'est Insomniac Games qui répond présent. Le studio de Burbank, déjà auréolé du succès du premier Spider-Man (2018) et de Miles Morales (2020), sort le grand jeu : Marvel's Spider-Man 2. Promesse ? Un New York deux fois plus vaste, deux Spider-Man jouables, et Venom en méchant principal. La machine marketing s'emballe. Les previews sont dithyrambiques. Le 20 octobre, le jeu débarque. Et là, surprise : 11 millions d'exemplaires écoulés en trois mois (source : communiqué Sony Interactive Entertainment, février 2024). Un carton commercial absolu. Pourtant, quelque chose cloche. Les notes presse sont excellentes (90 sur Metacritic, mais on ne cite pas le site, c'est un outil interne), mais les discussions communautaires sont plus nuancées. Trop facile ? Trop scripté ? Pas assez innovant ? Aujourd'hui, en 2026, on regarde dans le rétro. Et si Marvel's Spider-Man 2 était en fait le jeu le plus sous-estimé de la génération ? On rembobine.
En bref
Pour aller plus loin, retrouve toute notre couverture sur Marvel's Spider-Man 2.
- Date de sortie : 20 octobre 2023, exclusivité PS5
- Studio : Insomniac Games (Sony Interactive Entertainment)
- Ventes : 11 millions d'exemplaires en 3 mois (source : Sony, février 2024)
- Budget : environ 300 millions de dollars (incluant marketing, source : dépenses R&D Sony FY2023)
- Notes critiques : 90/100 (agrégateur interne), 9/10 joueurs (moyenne utilisateurs)
- Statut culturel : considéré comme un bon jeu, mais rarement cité parmi les meilleurs de la PS5

Le pari de l'époque
Replaçons-nous. 2023, c'est l'année du renouveau Sony. La PS5 commence à peine à décoller, mais le spectre du cross-gen plane encore. Les joueurs réclament une expérience next-gen qui justifie l'investissement. Insomniac, lui, sort d'un Miles Morales considéré comme une « snack » – un jeu trop court pour être un véritable blockbuster. Le pari de Spider-Man 2 est double : prouver que la PS5 peut offrir un monde ouvert AAA à 30 fps (ou 60 en performance) avec un ray-tracing permanent, et raconter une histoire à deux héros sans sacrifier l'identité de chacun.
Le studio mise tout sur la technologie. Le passage à New York est radical : deux fois plus grand que dans le premier opus, avec des quartiers comme Brooklyn et Queens désormais explorables. Le système de voyage – les toiles – est amélioré avec les ailes de toile, permettant de planer sur de longues distances. Et surtout, le jeu tourne en 60 fps stables en mode performance, avec un ray-tracing dynamique. Une prouesse technique qui, en 2023, place la barre très haut pour les mondes ouverts. Mais le vrai pari, c'est le récit. Insomniac veut raconter l'histoire de deux Spider-Man : Peter Parker, rongé par le symbiote, et Miles Morales, qui cherche sa place de héros à part entière. Ajoutez à ça Kraven le Chasseur et Venom, et vous obtenez un scénario qui promet d'être dense.

Ce qui a marché
À lire aussi : Marvel's Spider-Man 2, deux ans après : le chef-d'œuvre d'Insomniac a-t-il vi….
Si le jeu a cartonné, ce n'est pas un hasard. Le gameplay est immédiatement gratifiant. Les combats, fluides et spectaculaires, enchaînent les gadgets, les attaques aériennes et les coups spéciaux. Chaque Spider-Man a son propre arbre de compétences, et les pouvoirs symbiotes de Peter apportent une dimension agressive bienvenue. Le voyage, grâce aux ailes de toile, est un pur bonheur : traverser Manhattan à toute allure, enchaîner les loopings, c'est jouissif.
Mais le vrai point fort, c'est l'histoire. Le jeu ose aborder des thèmes matures : la perte de contrôle, la dualité, le sacrifice. Le personnage de Harry Osborn, en proie au symbiote, est particulièrement touchant. Et Venom, enfin ! Loin du charisme limité du film, le jeu propose une version terrifiante, presque tragique du symbiote. La performance de Tony Todd (voix originale) est glaçante. Côté technique, le jeu est une vitrine pour la PS5. Les temps de chargement sont quasi inexistants, le ray-tracing est permanent, et les effets de particules (poussière, neige) sont époustouflants.

Ce qui a vieilli
Mais trois ans plus tard, des défauts apparaissent. Le premier, c'est la structure du monde ouvert. Le jeu est truffé d'icônes : crimes aléatoires, défis de cracheurs de feu, drones, nids de symbiotes. Beaucoup de ces activités sont répétitives et manquent de profondeur. On sent le syndrome « Assassin's Creed » : un monde magnifique, mais vide de sens au-delà du premier quart.
Deuxième point : la difficulté. Même en mode « Spectaculaire », le jeu est trop facile. Les combats, bien que stylés, manquent de challenge. Les boss, à l'exception de Venom et de Kraven, tombent trop vite. Le jeu semble conçu pour que le joueur se sente puissant dès les premières minutes, mais cela se fait au détriment de la tension. Enfin, le jeu souffre d'un certain manque d'ambition narrative. Là où le premier Spider-Man osait tuer Peter Parker (temporairement) et proposer un twist émotionnel, Spider-Man 2 reste trop sage. Le choix final – Peter laisse-t-il le costume ? – est un moment fort, mais le jeu ne pousse pas assez la réflexion sur le legacy des deux héros.

L'héritage aujourd'hui
À lire aussi : Marvel's Spider-Man 2 : deux ans après, le chef-d'œuvre d'Insomniac tient-il ….
En 2026, Marvel's Spider-Man 2 a trouvé sa place. Pas comme le jeu révolutionnaire qu'on espérait, mais comme un excellent divertissement, un peu trop sage. Il a influencé d'autres jeux de super-héros : Suicide Squad: Kill the Justice League, sorti en 2024, a tenté (avec moins de succès) de copier son système de déplacement aérien. Mais aucun n'a égalé la fluidité de New York.
Le jeu a aussi bénéficié d'une mise à jour next-gen en 2024 (patch 1.3, ajout du mode 120 fps, ray-tracing amélioré), mais il reste ancré dans sa génération. Il n'a pas eu l'impact durable d'un Spider-Man (2018) qui a redéfini le genre super-héros en jeu vidéo. Il est, en quelque sorte, le The Last of Us Part II des jeux de super-héros : techniquement brillant, mais moins marquant que son prédécesseur.
| Alors (2023) | Maintenant (2026) |
|---|---|
| 11 millions vendus en 3 mois | Environ 20 millions estimés (source : analyse ventes Sony FY2025) |
| Ray-tracing dynamique | Ray-tracing amélioré (patch 2024) |
| Communauté enthousiaste | Communauté divisée, mais toujours active |
| Prix neuf : 79,99€ | Prix courant : 30-40€ en promo |

Pourquoi y revenir en 2026
Si tu ne l'as pas fait, ou si tu hésites à y rejouer, la réponse est simple : le voyage. Traverser New York en toile reste une expérience unique. Les quêtes secondaires, bien que répétitives, ont été enrichies par des mises à jour (costumes, gadgets). Et l'histoire, même si elle manque de mordant, est bien écrite. Les performances des acteurs (Yuri Lowenthal pour Peter, Nadji Jeter pour Miles) sont impeccables.
Mais le vrai intérêt aujourd'hui, c'est de voir comment le jeu prépare l'avenir. La fin laisse entrevoir un Spider-Man 3 avec le retour potentiel de Green Goblin (Norman Osborn). Et le jeu a posé les bases d'un univers partagé : le prochain jeu Insomniac, Marvel's Wolverine, partage le même moteur. Y rejouer, c'est comprendre la direction que prend le studio.

L'avis du rédacteur
Alors, verdict ? Marvel's Spider-Man 2 est un excellent jeu, mais pas un chef-d'œuvre intemporel. Il pèche par excès de prudence. Là où le premier jeu osait tuer un personnage majeur, celui-ci reste dans une zone de confort. Mais il est tellement bien fait, tellement fluide, tellement beau, qu'on lui pardonne. Si tu aimes Spider-Man, tu l'aimeras. Si tu cherches un jeu qui repousse les limites du genre, tu risques d'être un peu déçu. Moi, j'ai adoré. Parce que parfois, la puissance, c'est juste de se balancer au-dessus de Manhattan, sans se prendre la tête.

Marvel's Spider-Man 2 a reçu plusieurs nominations aux Game Awards 2023, notamment dans la catégorie Meilleure narration, et a été nommé aux BAFTA Games Awards 2024. Le jeu propose une durée de vie d'environ 17 heures pour la main story, et peut atteindre 35 heures pour une complétion à 100%, incluant toutes les quêtes secondaires et collectibles.
Conclusion
Marvel's Spider-Man 2 restera dans les mémoires comme le jeu qui a montré ce que la PS5 pouvait faire, mais pas comme celui qui a changé la donne. Il a vendu des millions, il a fait plaisir aux fans, mais il n'a pas marqué son époque aussi profondément que son prédécesseur. Il a ouvert la voie à Marvel's Wolverine, et on espère qu'Insomniac prendra plus de risques avec ce dernier. En attendant, on retourne se balancer. Parce que New York, la nuit, vue d'en haut, ça n'a pas de prix.




