Ellie a survécu. Abby a disparu. Le monde, lui, continue de pourrir. Depuis la sortie de The Last of Us Part II en juin 2020, les joueurs attendent un mot de Naughty Dog. Un signe. Une confirmation. Rien d'officiel, mais des indices qui s'accumulent.
Le studio américain traverse une phase charnière. Après l'échec commercial relatif de Factions (annulé en décembre 2023), Neil Druckmann a évoqué un "projet ambitieux" dans une interview au New York Times en février 2024. Les rumeurs parlent d'une troisième aventure pour Ellie. Mais que sait-on vraiment ? Et surtout, que devrait être The Last of Us Part III pour justifier son existence ?
Cette analyse décortique les attentes réalistes, les contraintes techniques, les choix narratifs et l'héritage d'une licence devenue culte. Pas de fuite, pas de spéculation hasardeuse : juste une lecture posée des forces et des faiblesses potentielles de la trilogie à venir.
En bref
- Naughty Dog n'a pas annoncé officiellement The Last of Us Part III, mais des signaux internes (recrutements, déclarations de Druckmann) alimentent les spéculations.
- Le moteur propriétaire Naughty Dog, utilisé pour Part II, a été amélioré pour un rendu encore plus réaliste, avec un cycle jour/nuit dynamique et une physique avancée.
- Le défi narratif est immense : conclure l'arc d'Ellie sans trahir l'ambiguïté morale de Part II.
- La pression technique est forte : le jeu devra rivaliser avec les productions AAA les plus exigeantes (God of War Ragnarök, Horizon Forbidden West).
- La communauté reste divisée : une partie réclame une conclusion plus lumineuse, l'autre veut creuser la noirceur.
Le silence assourdissant de Naughty Dog
Naughty Dog cultive le mystère. Depuis l'annulation de The Last of Us Online en décembre 2023, le studio s'est retiré des projecteurs. Pourtant, les signaux faibles existent.
En mars 2024, le studio a publié une offre d'emploi pour un "game director" spécialisé dans les jeux d'action-aventure narratifs. Le profil mentionnait une expérience souhaitée sur "des projets à gros budget, avec un fort accent sur l'histoire et les personnages". Rien de spécifique à The Last of Us, mais le timing et le niveau d'exigence collent avec une suite majeure.
Parallèlement, Troy Baker (voix de Joel) a déclaré dans une interview au podcast officiel de Naughty Dog en janvier 2024 qu'il "adorerait revenir" dans le monde de The Last of Us, mais sans confirmer de projet concret. Ashley Johnson (Ellie) reste silencieuse.
Le flou est entretenu. Mais pour un studio de la taille de Naughty Dog, le silence radio prolongé signifie souvent qu'un projet est en développement avancé. Le studio n'a pas les moyens de laisser ses équipes inactives.
Le défi narratif : conclure sans trahir
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The Last of Us Part II a divisé. Son choix de tuer Joel dès la première heure, puis d'imposer un récit duel Ellie/Abby, a suscité des réactions passionnées. Pourtant, l'ambition narrative était indéniable.
Une suite devrait résoudre plusieurs équations.
L'arc d'Ellie. Part II se termine sur son retour à la ferme, seule, après avoir laissé Abby en vie. Elle a perdu ses doigts, ne peut plus jouer de guitare — dernier lien avec Joel. Cette fin est ouverte. Une suite pourrait explorer sa reconstruction, ou au contraire, la replonger dans un conflit qui la dépasse.
Le personnage d'Abby. Partie avec Lev vers les îles Catalina, Abby a disparu de la narration. Un troisième volet pourrait suivre sa route, ou les croiser. Le risque : diluer l'histoire en voulant trop embrasser.
Le message. La saga a toujours traité de la vengeance, du deuil, de la survie dans un monde sans espoir. Part III devra proposer une conclusion cohérente avec cette philosophie, sans tomber dans le misérabilisme.
Le pièce à éviter : la facilité. Un "et ils vécurent heureux" serait une trahison. Mais un massacre gratuit sans signification non plus. L'équilibre est ténu.
Moteur technique : les attentes graphiques et gameplay
Naughty Dog utilise un moteur propriétaire, régulièrement amélioré. The Last of Us Part II tournait sur une version modifiée du moteur d'Uncharted 4, avec des animations faciales parmi les plus fines de sa génération.
En 2026, le niveau d'exigence a grimpé. Les concurrents directs — God of War Ragnarök (2022), Horizon Forbidden West (2022), Marvel's Spider-Man 2 (2023) — ont montré ce que la PS5 pouvait offrir. Une suite devra au minimum égaler, voire dépasser.
Points techniques attendus :
- Rendu temps réel. Les cinématiques de Part II étaient pré-rendues. Un passage au temps réel permettrait une continuité parfaite entre gameplay et scènes narratives.
- Cycle jour/nuit dynamique. Part II avait des séquences diurnes et nocturnes fixes. Un cycle dynamique renforcerait l'immersion et le sentiment de survie.
- Physique destructible. Les décors restaient largement statiques dans Part II. Une destruction partielle (murs, barricades) ouvrirait des options tactiques.
- IA améliorée. Les ennemis de Part II étaient réactifs, mais prévisibles. Une IA apprenante, qui adapte ses stratégies selon le style du joueur, serait une révolution.
Tableau comparatif des moteurs :
| Jeu | Moteur | Résolution PS5 | Taux d'images | Cycle jour/nuit | Destruction décors |
|---|---|---|---|---|---|
| The Last of Us Part II (PS5 patch) | Propriétaire Naughty Dog | 1440p/60 fps ou 4K/30 fps | 30 ou 60 | Non | Non |
| God of War Ragnarök | Propriétaire Santa Monica | 4K/60 fps (Fidelity) | 60 (Performance) | Non | Limitée |
| Horizon Forbidden West | Decima (Guerrilla) | 4K/60 fps (Performance) | 60 | Oui | Limitée |
| Marvel's Spider-Man 2 | Insomniac Engine v.4 | 4K/60 fps (Performance) | 60 | Oui | Non |
Une suite devrait viser au moins 4K/60 fps stables, avec ray tracing sur les reflets et les ombres.
Gameplay : entre héritage et innovation
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Le gameplay de The Last of Us Part II était un mélange d'infiltration, de combat à feu et de corps-à-corps brutal. La tension était permanente. Mais certaines mécaniques commençaient à dater.
Ce qui doit rester :
- La sensation de vulnérabilité. Chaque ennemi est dangereux. Les munitions sont rares. Le joueur n'est jamais un surhomme.
- Les environnements verticaux. Part II a introduit des niveaux plus verticaux (Seattle, l'hôpital). À développer.
- Les compétences et l'artisanat. L'arbre de compétences d'Ellie et d'Abby offrait des choix tactiques. À enrichir.
Ce qui doit évoluer :
- Le système de couverture. Daté. Comparé à un Splinter Cell moderne ou un Metal Gear Solid V, il manque de fluidité.
- L'IA des alliés. Trop scriptée, elle brise parfois l'immersion. Un compagnon plus autonome serait bienvenu.
- La variété des ennemis. Les infectés se limitent à quelques types (Cliqueurs, Gouffres, etc.). De nouvelles mutations, ou des ennemis humains avec des tactiques de groupe, renouvelleraient l'expérience.
La communauté : une base fracturée mais fidèle
La communauté de The Last of Us est l'une des plus passionnées — et des plus divisées — du jeu vidéo. Part II a cristallisé des tensions : certains ont adoré l'audace narrative, d'autres l'ont rejetée avec virulence.
Pourtant, les chiffres parlent. Part II s'est vendu à plus de 10 millions d'exemplaires en deux ans (source : rapport financier Sony, juin 2022). La série HBO, diffusée en 2023, a été un carton d'audience (8,2 millions de téléspectateurs pour le premier épisode, selon les chiffres officiels de HBO).
Une suite devra composer avec cette base de joueurs exigeants. Les attentes sont contradictoires : certains veulent plus de Ellie, d'autres une histoire neuve. Le risque de décevoir est élevé.
Notre analyse
Naughty Dog se trouve à un carrefour. D'un côté, l'héritage de la saga exige une conclusion à la hauteur. De l'autre, le studio doit prouver qu'il peut encore innover, après des années consacrées à la même licence. The Last of Us Part III ne peut pas être un simple "plus de la même chose". Il doit surprendre, tout en restant fidèle à l'ADN de la série. Le chemin est étroit, mais pas infranchissable. Le studio a montré avec Part II qu'il savait prendre des risques. Reste à savoir s'il osera le faire une seconde fois.
Les concurrents : un paysage transformé
En 2026, le marché du jeu narratif AAA a changé. Les références d'il y a cinq ans ne sont plus les mêmes.
| Concurrent | Atout principal | Faiblesse face à TLOU |
|---|---|---|
| God of War Ragnarök | Action épique, mythologie nordique | Moins d'émotion brute, personnages moins nuancés |
| Horizon Forbidden West | Monde ouvert magnifique, gameplay varié | Narration parfois bavarde, personnages moins attachants |
| A Plague Tale: Requiem | Ambiance sombre, relation fraternelle | Budget plus modeste, gameplay moins peaufiné |
| Silent Hill 2 (remake) | Horreur psychologique, ambiance culte | Gameplay daté, moins d'action |
The Last of Us Part III devra se démarquer par son écriture ciselée et son atmosphère unique, là où ses concurrents misent sur l'action ou l'exploration.
Naughty Dog n'a pas encore communiqué de date de sortie officielle pour The Last of Us Part III, mais des rumeurs évoquent une annonce potentielle dans les prochains mois. Le jeu étant un titre narratif solo, aucun volet esport ou compétitif n'est attendu, contrairement à son mode multijoueur abandonné. Selon les informations officielles disponibles, le studio se concentre sur l'aboutissement de la trilogie sans intégrer de scène compétitive.
Le mot de la fin : patience et exigence
Naughty Dog n'a rien annoncé. Les rumeurs vont et viennent. Mais une chose est sûre : si The Last of Us Part III existe un jour, il devra être à la hauteur d'un héritage colossal.
La saga a toujours été une question de choix. Ceux des personnages, et ceux des joueurs. Le prochain choix appartient à Druckmann et son équipe : faire une suite qui prolonge l'histoire, ou la conclure définitivement. Dans les deux cas, le pari est risqué. Mais c'est peut-être là que se niche le génie de Naughty Dog : prendre des risques, quitte à diviser.
"Le jour viendra où vous devrez faire face à ce que vous avez fait." — Ellie, The Last of Us Part II
Ce jour viendra peut-être pour le studio lui-même. Et pour nous, joueurs, il ne reste qu'à attendre — avec exigence, mais sans préjugés.



